Connaissez-vous l’expression “Le travail, c’est la santé” ?
Pendant longtemps, je pensais que la personne à l’origine de cet adage était soit 1) complètement maso, soit 2) n’avait jamais connu un travail pénible de sa vie. Cependant, quand je repense l’ensemble de ma vie professionnelle, je saisi toutes les nuances de cette expression, à la fois si commune et si complexe.
On va parler de santé mentale, de burn-out, des red flags en entreprise… mais aussi de plaisir, d’empowerment et de carriérisme !
Si on interprète “le travail, c’est la santé” au premier degré, ça ne fonctionne pas car comment associer santé et :
- les douleurs physiques liées à des mouvements répétitifs
- les crises d’angoisse du dimanche soir (celles qui surviennent quand tu imagines la semaine de travail qui t’attends)
- les burn-outs provoqués par des managers toxiques ou des environnements étouffants
Dans ce cas-là, le travail devient tout sauf synonyme de santé. Je pourrais écrire des pages de storytime sur mes propres expériences car j’ai déjà vécu les 3 situations citées plus haut.
En réalité, notre environnement professionnel a un impact immense sur notre équilibre mental et physique. Selon le cadre dans lequel on évolue, le travail peut être un formidable moteur… ou au contraire un facteur de destruction.
Alors envisageons la question de manière scolaire, avec des “POUR” et des “CONTRE”.
OUI : le travail peut être source de santé
Travailler, c’est d’abord une manière de se réaliser en tant qu’individu. En exerçant une activité, on crée, on construit, on laisse une trace, aussi modeste soit-elle. Le travail peut aussi être un lieu de lien social et de rencontres : il nous permet de rencontrer des personnes, de collaborer, de partager des projets communs. D’ailleurs Montesquieu à affirmé que l’homme est un animal sociable » et les chiffres le prouvent :
- En 2018 (oui ça remonte un peu), en France 53% des personnes interrogées à un sondage ont affirmé avoir déjà entretenu une relation sur le lieu de travail et à l’insu des autres collègues.
- En 2024, une étude a démontré que le travail était le 3e lieu de rencontre de rencontre des couples en France, soit un ex æquo avec le cercle d’amis (14%) et précédés par les applications de rencontre à 20% et l’école ou le lycée à 19%.
Le travail, c’est aussi un moyen très concret de subvenir à ses besoins, et parfois même de s’offrir un cadre de vie plus que confortable. Lorsque le poste est choisi, que le métier a du sens et que l’ambiance est positive, il peut devenir une source de plaisir, d’épanouissement et d’empowerment. Certains y trouvent même une voie de reconnaissance sociale, ou un terrain idéal pour nourrir leur ambition et construire une carrière solide.
Dans le meilleur des cas, c’est un espace où l’on grandit, où l’on s’affirme et où l’on découvre de nouvelles facettes de nous-mêmes.
NON : le travail peut nuire à la santé
Mais l’envers du décor existe bel et bien. Le burn-out, le bore-out et le brown-out sont devenus tristement familiers, révélateurs des dérives d’un monde du travail où la performance est parfois érigée en dogme. La pression permanente et l’hyper-compétitivité créent un climat anxiogène qui finit par épuiser même les plus motivés. La culture du présentéisme, qui valorise le fait d’être vu plutôt que celui d’être efficace, grignote petit à petit le sommeil, la vie personnelle et la créativité. Résultat : le travail perd peu à peu sens.
À cela s’ajoute le manque de reconnaissance : un salaire qui ne reflète pas l’investissement, des feedbacks absents ou uniquement négatifs, une impression de ne jamais être à la hauteur. Ce type de climat grignote l’estime de soi et finit par peser lourd. Les inégalités viennent renforcer ce constat. Certains emplois usent physiquement, d’autres psychologiquement, et tout le monde n’a pas accès aux mêmes conditions de travail, ni aux mêmes moyens pour s’en sortir. Pour beaucoup, l’équation se résume à sacrifier ses passions, ses proches, voire sa santé pour son job.
Et puis il y a cette impression diffuse mais terriblement lourde d’être un pion dans la masse. Pensez au quai du métro bondé chaque matin, à la fil d’attente chaque midi dans le bar à salade en bas de votre bureau, au monde présent à la salle de sport entre 18h et 20h … Le fameux métro-boulot-dodo ou la mobilité pendulaire qui use la sensation de n’avoir aucun impact personnel et de perdre peu à peu sa singularité dans la routine. C’est là que le travail cesse totalement d’être synonyme de santé et devient un poids difficile à porter. On s’interroge de plus en plus sur ce qu’on apporte à la société et à l’impact que nous avons dans notre métier.
Alors, c’est quoi la vérité ?
Finalement, il n’y en a pas ! Cela dépend de la place que nous accordons au travail dans nos vies, de la manière dont il est organisé et de la culture de l’entreprise dans laquelle nous évoluons. Le travail peut être un moteur formidable si l’environnement est sain et bienveillant, si des limites claires existent entre le temps professionnel et la vie personnelle, et surtout si l’on trouve du sens dans ce que l’on fait.
Mais parfois, la véritable santé, c’est de savoir dire stop : refuser un projet ou une mission, quitter un poste, changer d’entreprise, se reconvertir, ou même inventer son propre cadre à travers le free-lance, l’entrepreneuriat ou une simple pause. Parce qu’en définitive, le travail n’est pas automatiquement synonyme de santé. Il peut l’être, oui… mais seulement si nous reprenons le pouvoir sur la manière dont nous le vivons.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
